9 octobre 2026 · 5 min de lecture

ArtCraft et Affinity : l'IA et l'avenir des logiciels créatifs gratuits

J'ai arrêté d'utiliser Adobe. Alors oui, je prends un certain plaisir à voir ArtCraft recréer des outils familiers aux utilisateurs d'Adobe sous forme d'applications gratuites et open-source, avec l'aide d'agents IA.

Mais ce qui m'intéresse dépasse Adobe. Affinity a déjà réuni la retouche photo, le dessin vectoriel et la mise en page dans une seule application gratuite, avec de l'IA payante en option. ArtCraft fait pression sur le prix des logiciels par un autre chemin : en ouvrant le code et en facilitant sa réimplémentation.

Des logiciels gratuits, des services payants autour. Pour moi, c'est la direction que ça prend.

Sept applications inspirées d'Adobe, développées avec l'IA

La page Crafting Apps d'ArtCraft présente sept applications gratuites, natives et open-source, écrites en Rust. Elles couvrent des usages assez familiers.

Application Usage Adobe correspondant
PhotoCraft Retouche d'images avec Photoshop
VectorCraft Dessin vectoriel avec Illustrator
FilmCraft Montage vidéo avec Premiere Pro
LightCraft Développement photo avec Lightroom
PdfCraft Travail sur les PDF avec Acrobat
EffectCraft Animation graphique avec After Effects
DesignCraft Mise en page avec InDesign

La feuille de route de FilmCraft décrit le travail en parallèle avec Opus 5.5. Elle rapporte une session durant laquelle six agents ont fait passer la couverture de sa liste de fonctionnalités d'environ 62 % à 72 % en quelque six heures. Ça mesure l'avancement sur la liste du projet, pas sa capacité à remplacer Premiere pour chaque tâche.

Même avec cette distinction, l'ampleur du travail impressionne. Une équipe peut décomposer le comportement d'une application mature en spécifications, tests et tâches de développement, puis confier ces tâches à des agents en parallèle. La feuille de route mentionne des disques pleins, des compilations surchargées et des conflits d'intégration. Des problèmes de développement tout à fait ordinaires, à un rythme qui l'est beaucoup moins.

Des alternatives gratuites existent depuis des années. Ce que je regarde ici, c'est le travail nécessaire pour en construire une autre, et la vitesse à laquelle une petite équipe peut s'attaquer à autant de fonctionnalités.

Affinity a compris le message assez tôt

Affinity rend le modèle économique bien plus concret. Les fonctions auparavant réparties entre Photo, Designer et Publisher se retrouvent dans une seule application : retouche photo, dessin vectoriel et mise en page. En gros, la combinaison Photoshop, Illustrator et InDesign.

Les outils Pixel, Vector et Layout sont gratuits. Un compte Canva gratuit suffit. Les outils Canva AI intégrés sont facultatifs et nécessitent un abonnement Canva premium.

La distinction est utile : le logiciel de création est gratuit ; le service d'IA est un supplément payant. Vous pouvez utiliser l'éditeur sans vous abonner à l'IA.

Canva décrit un modèle financé par des services payants, comme l'IA et la collaboration, autour d'outils gratuits. Pour moi, Affinity a compris assez tôt où ça allait. Certains services méritent d'être facturés sans faire payer à tout le monde un loyer permanent pour l'éditeur lui-même.

Avec Adobe, difficile de manquer l'ironie

Adobe a accepté un accord de 150 millions de dollars pour régler des accusations concernant l'information sur ses abonnements et leur résiliation, tout en niant toute faute. Le jugement définitif a été rendu en avril.

Dans ce contexte, l'attrait des alternatives gratuites est évident. Et il y a quelque chose de satisfaisant à voir des agents IA aider à développer des concurrents aux logiciels que les gens louent depuis des années. L'automatisation touche maintenant le travail nécessaire pour construire l'application elle-même.

Reproduire une énorme base de code propriétaire coûtait cher. Je m'attends à voir cette protection s'affaiblir à mesure que les agents sauront mieux transformer un comportement connu en code fonctionnel. Une entreprise qui facture l'accès à des outils familiers devra donner aux gens une meilleure raison de rester.

Il reste du développement à terminer

Les applications d'ArtCraft en sont à leurs débuts. PhotoCraft signale des lacunes dans les usages professionnels et la compatibilité avec les plug-ins. EffectCraft ne peut pas encore ouvrir les projets After Effects .aep, ni utiliser ses plug-ins. Ce sont des tâches concrètes qui restent à accomplir, et elles comptent pour ceux qui veulent reprendre leurs projets existants.

Les projets décrivent une méthode clean room fondée sur des spécifications publiques et l'observation du comportement des logiciels. Les règles de contribution d'EffectCraft interdisent de lire ou de désassembler les fichiers internes des applications Adobe, ainsi que de copier leurs ressources propriétaires. C'est une méthode de développement documentée, pas un feu vert juridique général.

Ces deux points ne changent pas mon avis sur la direction prise. Construire les outils devient plus accessible. La compatibilité, les performances et la maintenance concentrent une plus grande part du travail restant.

Des outils gratuits, des services payants, du logiciel qu'on peut modifier

PhotoCraft expose les mêmes commandes via son interface, sa ligne de commande et son serveur MCP. Un agent peut piloter l'éditeur avec les mêmes commandes sous-jacentes qu'une personne. Avec l'open-source, l'application elle-même peut aussi être adaptée.

Ça ouvre une possibilité qui m'intéresse bien plus que le choix entre plusieurs abonnements : décrire une façon de travailler adaptée à une tâche précise, puis modifier le logiciel pour qu'il la permette. L'éditeur devient un point de départ pour construire ce dont vous avez besoin.

Si je créais une entreprise de logiciels de création sur ce modèle, je regarderais du côté du calcul IA payant, de la collaboration hébergée, du stockage, du support et des intégrations sur mesure. Ces services ont des coûts récurrents et peuvent apporter une valeur durable. Les outils eux-mêmes peuvent être gratuits.

Affinity montre déjà à quoi ressemble cette séparation. ArtCraft donne une bonne raison de réexaminer le coût de construction des outils.

C'est l'avenir du logiciel : des outils gratuits qu'on peut continuer à utiliser, et des services payants qu'on choisit parce qu'ils apportent quelque chose.


Sources liées dans le texte : site et dépôts d'ArtCraft, Affinity et Canva, documents de l'accord Adobe et déclaration de l'entreprise. État des recherches au 9 octobre 2026.